Réduire la consommation d'alcool au coin du zinc
Catégorie : Les conduites addictivesDepuis 2015, l’association Santé ! développe une approche de réduction des risques auprès des consommateurs d’alcool. Travailleurs sociaux, médecins, addictologues peuvent recourir à ses services pour construire avec les personnes un parcours de soin sans injonction à l’abstinence. Après une phase de modélisation, cette expérimentation permet de former des équipes désireuses de faire évoluer leur pratique.
En France, 5 millions de personnes disent être en difficulté avec leur consommation, et l’alcool représente la deuxième cause de décès prématurés.
Avec son zinc et ses tables de bistrot, l’accueil de Santé ! déculpabilise l’addiction à l’alcool. Le visiteur peut y boire un jus de fruit, un café, mais aussi une bière ou un verre de vin.
L’équipe développe de nouvelles réponses pour les personnes qui souhaitent réguler leur consommation d’alcool. Elle ne demande ni sevrage, ni abstinence, pour toucher un public pour qui l'arrêt total est un frein au soin.
« Pour nous, l’alcool est l’arbre qui cache la forêt, explique Emmanuelle Latourte, chargée du projet. On propose donc d'aider à régler les problèmes de la vie, pour ensuite voir si ça aide à arrêter. »
Chaque année, 200 000 personnes entrent en centres de cure. Seul un tiers des patients sont abstinents après un an, 10 à 20% après quatre ans (Inserm 2016).
Face à ce traitement inefficace, culpabilisant et coûteux, de plus en plus de professionnel se forme à la réduction des risques sans injonction à l’abstinence.
Niveau de preuve
La démarche de réduction des risques liés à la consommation d’alcool s’appuie sur une expérience probante développée auprès des usagers injecteurs d’héroïne à partir des années 80.
Dans le contexte de l’épidémie de VIH, la mise en place d’un accueil des usagers de drogues illicites sans prérequis de sevrage, d’abstinence et sans jugement a permis d’enrayer la vague de contamination.
En 1993, le nombre de cas de sida attribués à l’usage de drogues par voie injectable a connu un pic avec 1 495 nouveaux cas. En 2008, ils n’étaient plus que 51 (Enquête Coquelicot).
Ce ralentissement constant s’explique notamment par le développement des stratégies de réduction des risques (diffusion de matériel d’injection stérile, traitements de substitution). La RDR s’adapte désormais à d’autres produits, comme l’alcool.
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Mis à jour le 14 novembre 2019
